Ces jours-ci, je suis plongée dans le roman de Grégoire Delacourt intitulé “Danser au bord de l’abîme“.

Cela faisait longtemps que je n’avais pas ressenti autant d’émotions en lisant un livre.

Tiens, pas plus tard que dimanche, dans le calme du matin froid de ma campagne, je lisais attentivement les pages de ce merveilleux texte et je sentais mon cœur qui se serrait, je sentais mes yeux se mouiller…

J’ai mis du temps à passer à autre chose, à me reconnecter à mon environnement, tellement les images, les personnages et les situations étaient là, en moi, comme inscrites, dans une tristesse et une beauté immenses.

 

Mais, ce qui m’amène aujourd’hui, c’est cette phrase. Ces quelques mots qui ont retenu mon attention.

Pourquoi ?

Parce qu’elle fait écho à certaines de mes clientes. A leur souffrance.

Voici la phrase :

“Je crois que les mères n’ont pas le droit d’être heureuses, ou alors plus tard, après les enfants, après les autres”.

Voilà qui est dit de façon romanesque. Mais tellement réaliste !

 

Ces mères

Car en effet, je reçois des mères dans un état d’épuisement et de désarroi le plus total.

Elles viennent à pas de loup, presque coupables de ressentir ce qu’elles ressentent.

Elles sont avant tout épuisées.

Et en mode “automatique“.

Elles abattent des tâches et des corvées. Elles sont devenues des robots ménagers.

Ranger, trier, débarrasser, laver, plier, essuyer, remplir, vider, bosser, appeler, accompagner, préparer, racheter, récupérer,… et le lendemain recommencer.

 

Elles viennent parce qu’elles ne savent plus qui elles sont, où elles sont, pourquoi elles sont.

Elles viennent parce qu’elles sentent la faille, elles flairent le rebord de la falaise, elles pressentent la chute.

Elles viennent chercher une solution à leur solitude de mère débordée.

Elles viennent chercher du réconfort.

 

Et elles ont raison.

 

Car de l’écoute, du réconfort, de l’aide, du temps, de la patience, de l’air,… Elles en manquent cruellement.

Tout est devenu difficile.

Tout.

Le quotidien, la vie de famille, le couple, le boulot, les trajets, les obligations domestiques, les enfants qui poussent le bouchon, les amis, le sport, les nuits,…

Même rentrer chez soi est suspect.

Tout est sur la brèche.

 

Accompagner celles qui accompagnent la Terre entière (sauf elles)

Ainsi lorsqu’elles passent la porte de mon cabinet,  je les accueille. Pleinement.

Et j’accueille leur culpabilité, leur tristesse “de ne pas y arriver”, leur colère interne qui gronde et jaillit comme un volcan par moment, leur sensation de lassitude, leur stress, leur corps anesthésié ou douloureux, leur fatigue sans fin, leur sidération à en être “là”, leur ras le bol de tout faire tout le temps et d’avoir l’impression en prime de tout faire mal, parce que tout fait mal…

Pas à pas, avec du temps, nous retissons ensemble des chemins plus justes.

Des chemins qui interrogent pourquoi elles se sont laissées vivre ces situations, des chemins qui explorent l’histoire de chacune : la petite dernière restée petite et dernière, celle qui malgré tout n’est pas parvenue à attirer l’attention d’un père ou d’une mère, celle dont le grand frère ou la grande sœur était la perfection incarnée, celle que l’absence de soutien, de compliments, d’encouragement a rendu contrôlante et méfiante…

Des chemins qui redonnent sa juste place à chacun.

Des chemins qui nécessitent de prendre conscience, de lâcher-prise, d’accepter de demander de l’aide, d’apprendre à prendre soin de soi,…

Des chemins lumineux et accessibles dès lors que l’on fonctionne autrement, de façon moins totalitaire avec soi-même.

Des chemins au goût joyeux dès lors que l’on se pardonne et que l’on apprend à être plus authentiquement soi.

 

Je le dis et l’écris souvent : l’objectif n’est pas de devenir égoïste et laxiste !

Non.

L’idée est juste de booster son estime personnelle et sa confiance en soi pour ne plus subir et parvenir à s’épanouir dès lors que l’on est une femme qui travaille, qui est en couple, qui a des loisirs, une famille et des amis, et qui un jour, choisit d’avoir des enfants.

Il n’y a donc pas de sacrifice à faire.

Et il y a à accepter que, malgré tout ce qu’on nous donne à voir, les super héroïnes n’existent pas.

Par contre, les femmes actives qui deviennent mères, faites de chair et de sang, oui.

Émotionnellement. Résolument. Humainement.

 

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