A écouter les femmes, les hommes, les mères, les pères, les futures mères, les futurs pères assis en face de moi dans mon cabinet, je prends conscience que rien ni personne ne nous prépare à être parent.

Que l’on soit parent soi-même ou simplement l’enfant d’un parent.

Rien.

Ni personne ne nous y prépare.

Pourquoi ?

Parce que c’est avant tout, une expérience subjective.

Avec nous-même, avec nos parents, avec les adultes qui ont participé à notre enfance, avec notre éventuelle fratrie, etc.

Et en la matière, comme je le dis souvent à mes clients :

“La famille, c’est le gros dossier !”

 

Ce qui me touche ces derniers jours, ce sont ces adultes d’aujourd’hui dont l’enfance a été sur-protégée.

Ces mêmes adultes qui, à 25, 40 ou 65 ans, sollicitent de l’aide pour ENFIN, exister pleinement.

Ils ont grandi dans une immense bulle d’amour fusionnel remplies d’angoisses et d’interdits.

Ils ont grandi auprès d’un (ou deux) parent peu sûr qui, pour faire au mieux, a sur-développé des comportements – par exemple :

  • sur-protéger de tout et de tous (“attention tu vas tomber, attention aux microbes, fais attention à toi, fais attention aux gens,…”)
  • sur-anticiper (“et si tu te fais mal ? et si tu as froid ? pense à cela, à ceci, je t’ai prévu cela ou ceci”)
  • sur-envisager à la place des Autres (“tu vas sûrement être déçu, tu vas avoir froid c’est certain, tu vas adorer,…”)
  • sur-organiser (“n’oublie pas tes clés, n’oublie pas de m’appeler chaque soir, n’oublie pas de prendre ton pull, n’oublie pas que tu as des médicaments dans cette poche au cas où,…”).
  • etc.

Résultat ?

L’enfant sur-protégé grandit dans l’idée et le vécu que le monde est potentiellement dangereux et menaçant, et qu’il vaut mieux ne pas faire de vague.

Il grandit en s’adaptant (inconsciemment) à ce que l’adulte peu sûr attend de lui, pour ne pas angoisser encore plus ce parent déjà inquiet quotidiennement.

Il grandit en imaginant plutôt le pire que le meilleur.

Et devient peu à peu, un adulte peu confiant en lui, globalement angoissé mais rassuré lorsqu’il se conforme aux normes sociales (se fondre dans la masse, faire comme tout le monde). Il se construit une vie sans vague auprès de personnes qu’il estime protectrices. 

 

Et puis un jour…

Et puis un jour, cet adulte commence à étouffer.

Il sent en lui que quelque chose ne va plus. Il constate que ses “choix” ne lui conviennent plus. Il se sent trop soumis, trop peu confiant, comme empêché, comme restreint dans son propre cheminement. Il ne se sent plus respecté, aimé, compris.

Alors il attend plusieurs années encore, peu sûr de son ressenti.

Il subit et accepte des situations qu’il sent injustes pour lui. Jusqu’au jour où, sa vérité intérieure jaillit. Comme une évidence.

Il prend conscience qu’il a profondément besoin de changer quelque chose : quitter ce boulot, quitter cette femme/cet homme, déménager, rompre cette amitié,…

Ainsi, au terme de beaucoup de doute et d’hésitation, cet adulte finit par se faire aider pour en premier lieu, s’offrir un espace dans lequel il peut être lui-même. Penser par lui-même, vivre pour lui-même. Décider par et pour lui-même.

Il vient chercher de l’apaisement, de la confiance, de la réassurance. Et tout cela, il le développe en lui et pour lui.

Avec le temps, cet adulte casse le “maillon familial de l’angoisse“. Il réinvente sa vie, plus en lien avec ses ressentis (vécus cette fois comme réels et légitimes) et donc plus en lien avec ses besoins.

Certains enfants adopteront adultes des méthodes plus impressionnantes. Ils deviendront des casse-cous et pratiqueront toutes sortes de sports extrêmes pour se sentir réel, pour se sentir exister…

Les uns comme les autres auront à reprendre le chemin d’eux-mêmes avec bienveillance et patience.

Mais une fois sur ce chemin, leur sourire sera lumineux et leur cœur confiant !

 

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