Je suis tombée sur un article du magazine Capital intitulé « Burn-Out : le florissant business du stress ».

Je n’avais pas encore commencé sa lecture que j’ai senti une petite colère monter en moi. Une voix intérieure commençait à s’agacer : « ah parce que c’est marrant de constater combien les gens souffrent !! », « s’ils croient que c’est facile et réjouissant !! ».

J’ai attendu un peu en m’auto-régulant avec quelques respirations (#sophrologue) pour prendre un peu de distance, avec ce sujet qui me touche profondément.

Quelques minutes plus tard, j’ai lu l’article en entier et j’ai compris le point de vue.

L’article vise surtout à :

  • constater combien le burn-out devient massif et préoccupant dans notre société…
  • mettre en lumière que les solutions et les accompagnements (autres que pharmaceutiques) se sont énormément développés ces dernières années
  • dans la foultitude d’offres de soin et de mieux-être, il y a à boire… et à manger.

Qu’ai-je envie de vous dire à présent ?

1/ Je connais bien le sujet

Pourquoi ? Parce que moi aussi j’ai vécu des burn-out. Oui « des » ! Trois pour être exacte. Deux « petits » et un « gros ». Il m’en a fallu trois pour que je change réellement l’intérieur et l’extérieur de mon rapport au travail. Trois pour que je modifie ma façon de travailler et mon environnement de travail.

Je connais la logique du stress chronique, les signes avant-coureurs du burn-out, les résistances que l’on met en place pour continuer à soi-disant « gérer », les phases que l’on traverse, le point culminant (souvent violent) là où le corps lâche, puis la chute et l’obligation de repos avec son lot de honte, de culpabilité, de désarroi, de déni. Et de reconstruction.
Je sais ce que c’est corporellement parlant, émotionnellement parlant, psychiquement parlant que d’être en état d’épuisement généralisé.

Alors, je sais ce que vivent certains de mes clients, je peux imaginer aisément ce qu’ils ressentent. Et j’ai profondément envie de les protéger et de les accompagner dans cet état si particulier.

2/ Le burn-out est sournois

Tiens ! Petite définition de « sournois » pour commencer :
qui ne se déclare pas franchement
– qui dissimule ses sentiments réels dans une intention malveillante.

Le mot est donc bien choisi.

Dans une société qui prône la rapidité, l’effet Wouahou, l’immédiateté, la réactivité, le sensationnel, le phénomène du burn-out est à l’opposé. Lui, il est plutôt discret, endurant et sournois. Il avance masqué, s’immisce dans notre vie silencieusement.

3/ Il est souvent trop tard

C’est là il me semble que réside le piège du stress chronique. Car la capacité de travail des candidats au burn-out est bien souvent importante, ils font preuve de rigueur, de loyauté et d’engagement à chaque seconde. Du coup, ils se piègent eux-mêmes, ils « s’accrochent » tant qu’ils le peuvent dans des entreprises ou des institutions qui foncent comme des TGV affolés, à l’assaut des marchés.

Ainsi, les périodes « difficiles » ou « charrette » ne sont plus exceptionnelles ou saisonnières, elles deviennent le quotidien de travail. Nous sommes tout le temps débordé, tout le temps surchargé, tout le temps stressé, tout le temps en train de courir après le temps.

3/ Une porte dans la figure

C’est après des mois de travail épuisant qu’un jour, le corps lâche. Il a vraisemblablement envoyé des signes que nous avons plus ou moins écoutés en se sentant ralentis ou empêchés, puis un jour, c’est en trop, bam !

La porte peut prendre différentes formes : on ne peut plus se lever un matin car le corps ne répond plus, on pète un plomb suite à une toute petite contrariété, on chute d’un trottoir, on a un accident de vélo ou de voiture,… Bref, la porte c’est un panneau géant qui clignote avec écrit dessus « STOP » !

4/ Un mal pour un bien ?

Je n’aime pas cette idée que l’on doit souffrir pour « être belle », c’est à dire ici, « aller mieux ». Force est de constater que finalement le burn-out est une occasion, un passage, une opportunité. Evidemment, quand on a la tête dedans, on ne le voit pas du tout comme ça. On bosse dur, on se sent « fatigué et débordé depuis quelques mois », mais on continue.

Quand le burn-out apparait (le fameux point culminant), quand on a reçu la porte dans la figure, que l’on est tombé à terre, que l’on est resté à terre plus ou moins longtemps selon la gravité de la situation et que l’on s’est redressé tout doucement, très lentement et pas à pas…. eh bien on réalise que JAMAIS plus JAMAIS, on ne nous y reprendra.

Avec le temps, on apprend de soi et de la façon dont on veut travailler.

5/ La prévention comme philosophie de vie

Si on met en balance d’un côté : les actions de prévention que l’on peut adopter au quotidien avec de l’un autre côté, la lente reconnexion à soi que le soin du burn-out nécessite après coup, mieux vaut prévenir que guérir !

Le médecin – thérapeute en Thérapies Comportementales Cognitives (TCC) qui m’avait accompagné lors de mon 3ème « gros » burn-out m’avait dit : « Vous savez les raisons du burn-out c’est 50/50. 50% chez vous, dans votre façon de travailler et votre rapport au travail et 50% dans l’institution dont les méthodes, les usages sont loin d’être bienveillants« .

Cette phrase a été la clé, ma clé. Je pouvais agir sur moi, me remettre en question, comprendre pourquoi je m’étais fourrée dans ce pétrin mais il y avait tout un champ que je ne pouvais modifier, celui de l’entreprise et de ses méandres dans lesquels mes valeurs étaient écrabouillées. Il fallait donc que je l’accepte ou que je la quitte.
(Je l’ai quittée je suis devenue thérapeute 🙂 !).

5/ Chacun sa méthode

Si le piège du burn-out se referme quand même sur moi, il restera à un moment, à trouver qui et comment être accompagné. Là encore, comme je le dis souvent, il est essentiel de s’écouter, de s’autoriser à tester des pratiques qui nous parlent. La prise de médicaments (qui est souvent la réponse médicale puisqu’en 1ère ligne) peut avoir son utilité pour adoucir et stabiliser les états émotionnels. Mais l’étape de l’analyse de son rapport au travail, me semble inévitable.

Alors oui il y a un nouveau business (un triste nouveau business j’ai envie de dire) mais au fond ce sont nos valeurs collectives et nos façons de travailler qui doivent être révisées et ce, à l’échelle de notre société !

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